Cathedral Peak

Les voyages spontanés sont souvent les plus mémorables! Celui-ci ne fait pas exception.

J’ai eu une opportunité incroyable. En fait, mon père est incroyable. Il m’a invité à aller en voyage avec lui, le temps d’une semaine de randonnée dans les montagnes de la Sierra Nevada en Californie, dans le parc national de Yosemite.

Il est difficile pour un grimpeur d’aller à Yosemite sans être impressionné par les parois gigantesques qui s’y retrouvent et encore plus difficile d’imaginer y aller sans grimper. Sachant qu’un vieil ami à moi, J-C, habite maintenant à San Diego, je lui ai proposé de nous rejoindre pour une partie du voyage, l’escalade. Connaissant son enthousiasme envers la montagne, je me doutais bien qu’il serait partant pour ce type d’aventure.

Nous avons tous les trois vécu diverses expériences en montagne, mais aucun de nous ne s’attendait à vivre un défi aussi intense en émotions que celui qui nous attendait…

justeetredehors-1Rencontre avec J-C et départ de Camp IV. Yosemite National Park.

justeetredehors-2Tioga Road.

La route est magnifique. 39 miles de forêt et de paysages à couper le souffle. On en profite particulièrement puisque c’est la dernière journée qu’on peut passer sur la route avant qu’elle ne ferme pour la saison.

justeetredehors-7justeetredehors-4Half Dome.

justeetredehors-8justeetredehors-12justeetredehors-10Préparation du matériel. Tuolumne Meadows.

Nous commençons notre journée un peu tard. Mon père décide de faire l’approche, puis de nous laisser grimper sans lui. Il décide de partir explorer les lacs et les crêtes rocheuses des alentours. Nous lui confirmons que nous devrions être de retour en soirée. Nous savons que les nuits sont froides à ce temps-ci de l’année. Le plan d’urgence est le suivant : si à 20 h nous ne sommes pas revenus, il peut appeler l’équipe du SAR (Search And Rescue) et si à 22 h nous ne sommes toujours pas revenus, il est temps de s’inquiéter.

justeetredehors-13justeetredehors-14Approche. John Muir Trail.

Dès les premières minutes de notre approche sur la John Muir Trail, nous rencontrons une jeune femme en solo. Elle nous raconte son histoire et nous sommes tellement concentrés que nous manquons notre embranchement! Nous faisons donc demi tour, pour retrouver la Climber’s Trail.

justeetredehors-15 Notre voie à l’horizon. Cathedral Peak (3326m).

J’avais en tête depuis plusieurs semaines déjà de faire Cathedral Peak et de grimper sa voie la plus esthétique, si possible avec quelques variations un peu plus difficiles. Ce n’était pas évident d’y résister, avec sa réputation, elle était plutôt attirante.

« Cathedral Peak is not only the most striking peak visible from Tuolumne Meadows, it is one of the best 5.6 alpine rock climbs anywhere. » – Extrait de Tuolumne Free Climbs

justeetredehors-16justeetredehors-17justeetredehors-18Matthes Crest

justeetredehors-19justeetredehors-20justeetredehors-22justeetredehors-24justeetredehors-26justeetredehors-25Southeast Buttress. Variations 5.8

Effectivement, la voie est superbe, à la hauteur de nos attentes! On passe de craques à cheminées sur la plus belle roche que nous avons grimpé à ce jour. Par contre, le temps file rapidement et plus on avance, plus les nuages s’approchent. Nous connaissons bien ce genre de nuages menaçants. Le genre qui amène du vent et de la neige. Beaucoup de neige…

justeetredehors-29Descente. Cathedral Peak.

À ce moment là, tout allait bien. Nous étions pressés, oui, mais ça allait. En fait, nous n’avions aucune idée de ce que nous allions endurer dans les prochaines heures…

Nous avons fait deux erreurs. La première, nous sommes partis vers la paroi beaucoup plus tard que prévu. La deuxième, nous avons sous estimé la météo.

Voici l’histoire, en bref. Nous avons posé les pieds sur la paroi vers 14 h. Nous sommes arrivés au sommet à 18 h. Les derniers mètres devaient se faire en simul, protégés de hip belays pour plus de rapidité.

Une fois au sommet, nous n’avions qu’une idée en tête : descendre. Nous avons utilisé des sangles déjà installées à une station de rappel. Pressés par la tempête de grêle et de neige, nous avons rapidement utilisé le rappel, sans toutefois traverser vers le bon côté de la montagne.

À ce moment là, nos mains saignaient par le seul fait d’être exposées au vent et à la grêle, il fallait faire vite. Nous sommes descendus le plus rapidement possible jusqu’à la tombée de la nuit, nous laissant dans la noirceur. Malgré nos lampes frontales, la visibilité était nulle. La paroi où nous étions (face ouest) devenait plus abrupte et la roche de plus en plus dangereuse. J’ai repéré un trou dans la roche où nous pouvions nous abriter.

Passer la nuit sous une petite dalle rocheuse nous semblait complètement absurde. Nous y sommes resté, de 19 h 30 à 8 h 30 le lendemain, bloqués, dû aux rafales de vent et à la neige. Nous étions à 3000 m d’altitude. C’était l’hiver. Nous étions préparés pour un après-midi de grimpe en Californie, et non pour une tempête… Encore moins pour une nuit dehors!

À y repenser, c’était complètement fou. J-C pensait y rester à jamais. De mon côté j’avais confiance, je savais que j’avais déjà eu plus froid dans ma vie. J’ai commencé à avoir des doutes tôt le matin quand je ne sentais plus mes jambes. J’ai aussi eu des doutes quand j’ai réalisé que la tempête continuait, quand j’ai compris qu’il n’y aurait aucun secours, aucun hélicoptère. C’était fou. De survivre à ça. De faire vivre ça à mon père. Mon père qui a d’ailleurs géré la situation de manière remarquable. Il a appelé les secours dès 20 h et nous a attendu dans la voiture, sur la Tioga Road même si celle-ci était déjà fermée pour l’hiver.

Le lendemain matin, lorsque la lumière du jour est revenue et que nous avons réalisé que nous étions toujours vivants, nous nous sommes frayé un chemin dans la neige, puis, nous avons fait un dernier rappel pour finalement courir sur la John Muir Trail à la pluie battante pour rejoindre mon père le plus rapidement possible.

À notre arrivée à la voiture, mon père était emmitouflé dans son sac de couchage. Il nous avait attendu tout ce temps sans dormir. Nous étions heureux de nous retrouver, sains et saufs.

Nous étions sur la route déserte. Il ne restait que nous et le véhicule des secours.

C’est avec beaucoup d’humilité que nous sommes sortis de cette aventure, encore plus respectueux de la nature et de la montagne que nous l’étions avant.

justeetredehors-30justeetredehors-31Lendemain. Retour dans la vallée.

Merci papa, pour tout.
Merci J-C, on a été une sacrée bonne équipe. Il fallait être deux pour traverser la nuit.
Merci Ge, pour l’espoir que je gardais tout au long des plus longues heures de ma vie.

Et à vous tous, soyez prudents et profitez de chaque aventure.

YK

Copyright. JED.

5 commentaires

  • Lost Valley
  • Histoire émouvante et bien racontée. Pour le rôle du père, je ne sais pas si je suis incroyable ou plutôt fou. J’ai bien aimée cette constatation « Il fallait être deux pour traverser la nuit ». Un bon ami c’est important et être cordé renforce l’amitié.
    Tomasz

    Aimé par 1 personne

  • J’ai les larmes aux yeux. Je suis boulversée. Merci pour ce partage, ce récit vibrant. J’ai envie de faire ma maman et de te dire de ne plus jamais refaire ça. X

    Aimé par 1 personne

    • La montagne est forte, belle et elle nous apprend beaucoup. Merci pour ton message et ton soutien. Merci de faire partie de l’aventure et d’être une personne aussi incroyable! On a hâte d’être dehors avec toi!
      GL & YK

      J'aime

Laissez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s